Depuis toujours, le labyrinthe fascine car il recèle une subtile ambiguïté : il désoriente, mais promet en même temps une direction ; il met à l’épreuve tout en invitant aussi à la découverte.
En Toscane, cette image ancienne resurgit sous des formes diverses et surprenantes : dans les galeries souterraines liées à une légende étrusque, dans les motifs végétaux des jardins historiques, dans les signes gravés dans la pierre qui, depuis des siècles, parlent aux voyageurs et aux pèlerins.
C’est un petit voyage au cœur d’une Toscane insolite, où le labyrinthe n’est pas seulement une figure symbolique, mais aussi une expérience de l’espace, un récit et une source d’émerveillement.
Voici quatre lieux à découvrir, entre histoire, anecdotes et légendes qui continuent de fasciner.
L’un des plus anciens et des plus célèbres est le mythique Labyrinthe de Porsenna, associé au puissant souverain étrusque qui, selon la légende, aurait été enterré sous Chiusi avec son trésor.
En partant du Musée de la cathédrale, on parcourt un fascinant réseau de galeries souterraines qui traverse les entrailles de la ville et débouche sur une grande citerne.
Il s’agit de l’ancien aqueduc étrusque, que la tradition populaire a transformé en mausolée de Porsenna, également mentionné par Pline l’Ancien et dont l’emplacement n’a jamais été identifié avec certitude.
À Collodi, au sein du Jardin Garzoni, se trouve un labyrinthe qui fait partie de l’un des complexes les plus spectaculaires de Toscane.
C’est là que le père de Carlo Lorenzini, le futur Collodi, travailla comme jardinier.
Le jardin est réputé pour ses jeux d’eau, ses bassins, ses statues, ses escaliers, ses grottes artificielles et ses compositions végétales. Selon une tradition populaire, le labyrinthe porte chance aux amoureux : le parcourir ensemble serait de bon augure pour une longue histoire d’amour.
Dans le Parc de Pinocchio, situé à proximité, un autre labyrinthe raconte quant à lui une histoire plus contemporaine.
Conçu par Pietro Porcinai et achevé en 1972, c’est un labyrinthe végétal destiné à évoquer les peripéties du pantin, avec un tracé géométrique inhabituel et des murs recouverts de lierre qui accompagnent le visiteur dans un parcours de découverte et d’égarement.
Restauré en 2021, il est aujourd’hui l’un des emblèmes du parc et constitue l’une de ses étapes les plus suggestives.
Sur la façade de la cathédrale Saint-Martin de Lucques se trouve un petit labyrinthe énigmatique gravé dans la pierre.
À côté figure une inscription qui fait référence au mythe de Thésée et d’Ariane et évoque le fil qui leur permit de sortir du labyrinthe de Crète.
Ce symbole a également été interprété comme une référence au cheminement spirituel.
Sa présence, dans une ville traversée par la Via Francigena, devait revêtir une importance particulière pour les pèlerins de passage.
Le thème du labyrinthe revient également aux portes de Lucques, à Capannori, avec le Labyrinthe du Pèlerin situé dans le parc du musée Athena.
Réalisé le long du parcours de la Via Francigena, il s’agit d’un parcours de 400 mètres carrés composé de poteaux en bois et dessiné en forme de coquille Saint-Jacques, symbole des pèlerins en route vers Rome.
Au centre se trouve l’Arbre du pèlerin, œuvre de Stefano Pierotti qui représente une poignée de main, symbole d’union et d’accueil.
Conçu également pour les personnes malvoyantes, le labyrinthe transpose dans un espace contemporain l’idée du voyage, de la fatigue de la marche et de l’hospitalité qui accompagne depuis toujours les chemins de pèlerinage.
À Boboli, l’idée du labyrinthe prend forme dans les allées ombragées des Cerchiate, qui longent l’allée des cyprès entre des galeries végétales et des géométries entrelacées.
Créées à partir de 1612, année où le Viottolone, les labyrinthes et les « ragnaie » ont également vu le jour, ces structures avaient à l’origine une fonction pratique, liée à la protection des plantes.
Aujourd’hui, elles constituent l’un des coins les plus charmants du jardin, où le chemin devient intime, silencieux, presque secret. Les toiles de chênes verts entrelacés, associées aux lauriers, aux viornes et aux phillyres, composent un paysage verdoyant qui invite à ralentir le rythme et à se perdre avec plaisir, entre ombre, beauté et petites rencontres avec la faune du parc.
Autrefois, Boboli abritait pourtant de véritables labyrinthes de verdure, disposés le long du Viottolone sous des formes ellipsoïdales, circulaires et octogonales.
C’étaient des parcours pittoresques et symboliques, conçus comme les éléments d’un grand projet baroque où se mêlaient nature, émerveillement et spectacle.
De ces labyrinthes, il ne reste aujourd’hui que le souvenir, ainsi que quelques clairières herbeuses qui en témoignent encore : ils ont été supprimés dans la première moitié du XIXe siècle pour faire place à la rampe d’accès pour les calèches voulue par le grand-duc Léopold.